L’Enfant rivière

Isabelle Amonou
Isabelle Amonou, L'Enfant rivière

Il y a six ans, l’enfant a disparu. Zoé ne l’a quitté des yeux que quelques minutes, occupée à peindre la coque du bateau, mais voici son fils envolé. On a dragué le cours d’eau, étudié les courants, cherché en aval, la rivière n’a pas rendu le corps de l’enfant. C’est peut-être ce savoir autochtone ancestral qu’elle porte en héritage ou un instinct maternel féroce mais Zoé le sait, Nathan ne s’est pas noyé, il vit. Elle est persuadée que son fils se cache parmi les migrants qui ont gagné le Canada, poussés par le réchauffement climatique et la chute des États-Unis. Alors elle le cherche. Jumelles au poing, fléchettes tranquillisantes et attirail de chasse en bandoulière, elle arpente les paysages sauvages pour traquer les invisibles de la forêt.

Sur les bords de la rivière des Outaouais, dans un monde où la nature a repris peu à peu ses droits et ne cesse de clamer sa puissance, L’Enfant rivière nous conte l’histoire d’une quête et d’un combat. Celui d’une mère prête à tout pour retrouver son enfant et comprendre qui elle est.

Sélection Grand Prix des Lectrices de ELLE 2023

  • Isabelle Amonou est née à Morlaix en 1966 et vit aujourd’hui à côté de Rennes. Depuis ses trente-cinq ans, elle écrit et a publié plusieurs romans noirs chez des éditeurs de Bretagne et des nouvelles dans différents ouvrages collectifs.
  • Perdez-vous dans la forêt canadienne en compagnie de Zoé et Tom, son ex-mari. Le chalet de Zoé est un havre de nature dans le monde tourmenté qui nous attend.
    Puissant, sombre mais aussi plein d’espoir et de poésie, L’Enfant rivière est l’exemple même de roman qui marque à tout jamais. Sublime !
    Un roman qui fait mal, qui fait peur, qu’il faut lire ! Si vous voulez une première claque littéraire en 2023, ce sera celle-là !
    Un roman post-apo au suspense bien mené avec une héroïne puissante.
    Quelle merveille !
    Premier coup de cœur de cette rentrée !
    Un roman sur la quête et le combat d’une mère.
    Un récit que nous embarque au cœur de cette quête, aussi âpre que pleine d’espoir !
    Impossible à lâcher !
    La Jack London du XXIème siècle, entre roman d’aventure, célébration de la nature et des passions humaines, au cœur des problématiques politiques de l’époque
    Folie, amour, brutalité, pardon, sauvagerie, hostilité, détermination, espoir, L’Enfant rivière d’Isabelle Amonou, c’est un grand huit émotionnel. Impossible à lâcher !
    Un véritable souffle romanesque habite ce roman qui vous restera longtemps en tête ! La tension ne cesse de monter, offrant un récit impossible à lâcher et absolument bouleversant.
    Un premier roman puissant et profond.
    Un roman haletant et efficace, une nature dévastée mais toujours aussi magnifique. Totalement addictif !
    Une histoire qui vous emporte, une famille à laquelle s’attacher et avec laquelle vibrer.
    Cette rivière de 2030 charrie les espoirs les plus fous, les souvenirs douloureux, soulève les racines qu’on pensait enfouies sous la vase et creuse les plaies à peine cicatrisées.
    A la frontière du thriller, ce roman bouleversant vous entraîne dans un monde chaotique.
    L’histoire d’une quête et d’un combat.
    Un très beau portrait de femme mais aussi un roman sur notre Terre qui montre comment les crises climatiques et environnementales bouleversent la société dite "civilisée".
    Malgré une tension permanente, vous vous laisserez porter par la grande sensibilité de l’écriture et la beauté des personnages.
    Du grand Dalva, addictif et prenant.
  • Prologue

    Zoé frissonna. Elle éprouvait l’excitation du chasseur parvenu au bout de sa traque. Elle y était, enfin. Dans la lunette du fusil, il apparaissait plus grand. À moins de cinquante mètres, elle ne raterait pas son tir. Ça lui avait pris trois jours pour repérer le groupe. Puis celui qui s’en éloignerait. Poursuivre et attendre. Les nerfs à vif, comme chaque fois. Affûtée par le danger. Se fondre dans la forêt, disparaître, effacer ses propres traces et son odeur. Mais eux aussi avaient développé un instinct nouveau pour affronter le sien, ancestral. La partie de cache-cache devenait plus difficile.

    Elle crispa l’index, tira. Juste avant l’impact, il bougea un peu, puis tenta de se retourner vers elle, furibond. Mais la flèche le toucha au flanc. Il tituba, résista un instant puis s’écroula en gémissant. Elle écouta, tendue vers le silence. Puis se dirigea vers le corps inanimé en prenant garde de ne pas faire craquer les brindilles, ne pas froisser les feuilles, ne pas heurter les branches.

    D’autres pouvaient se tenir là, sous le couvert des arbres. Ils pourraient l’encercler, l’attaquer, la blesser. La tuer. Elle chargea la proie sur son dos. Il était petit mais lourd, tout en muscle, près de trente kilos – elle étouffa un juron. Elle reprit son chemin à travers le sous-bois. Cinq cents mètres de marche concentrée, avec le fardeau qui la pliait vers le sol. Attentive à éviter les racines qui affleuraient, les flaques de boue, les collets, les pièges disposés ici et là. Elle ne croisa personne. Pas même un chasseur. Qui oserait encore s’aventurer par ici ? Trop dangereux. Le mois précédent, un marcheur avait perdu une jambe dans un piège à loups. Au début de l’année, une femme avait disparu. Une de plus.

    Elle retrouva son pick-up garé au bord du chemin d’Aylmer. Déposa sa charge à l’arrière, dans la benne, sur une vieille couverture. L’observa un instant. Il était un peu plus âgé qu’elle ne l’avait cru, à distance. Dans les onze ans, peut-être douze. Au début, elle ne pouvait pas les regarder. Ça la gênait. Maintenant, elle était plus forte. Elle devait les regarder. Si jamais c’était le bon. Mais celui-ci était presque adolescent, sa peau et ses cheveux trop clairs. Elle le recouvrit de la bâche kaki. Elle resta immobile un instant derrière le volant, à la recherche de son souffle. Elle alluma une cigarette. Elle fumait trop, depuis quelque temps.

    Le pick-up se fondit dans la circulation discrète de ce début d’après-midi ordinaire. Elle prit la direction d’Ottawa.

    La radio déversait un vieux hit des années 2000. Elle se mit à fredonner, lèvres serrées. It’s coming, oh when / But it’s coming, keep the car running. Elle jetait de temps à autre un œil dans le rétroviseur intérieur mais ne distinguait rien d’autre que la bâche dont quelques lambeaux claquaient au vent. Rassurée. Il ne se réveillerait pas avant d’arriver au point de livraison. Au début, elle maîtrisait mal les doses. L’année précédente, l’un d’entre eux s’était ranimé pendant le trajet, avait sauté de la benne du pick-up, en plein boulevard des Allumettières. Elle avait freiné sec quand elle avait vu la bâche se soulever, s’était fait injurier par le conducteur de la voiture qui la suivait, les pare-chocs s’étaient heurtés, mais ça va pas de ralentir comme ça, et de trimballer ton gosse dans la benne. Pendant ce temps-là, sa proie, une fillette d’une dizaine d’années, était partie en claudiquant, avait traversé la voie ferrée et disparu dans le sous-bois. À cause de cet abruti qui la serrait d’un peu trop près, elle ne l’avait pas retrouvée.