Atmosphère

Jenny Offill
traduit par Laëtitia Devaux
Jenny Offill, Atmosphère

Quand on est bibliothécaire à Brooklyn, on voit défiler une foule franchement bigarrée. Et si, comme Lizzie on accepte de répondre au courrier d’une spécialiste de la crise climatique pour arrondir ses fins de mois, on finit par échanger avec tout ce que la terre compte d’illuminés. Il y a cette fille qui s’approvisionne en papier toilette à la bibliothèque, les stressés chroniques qui la pressent de questions sur le destin de l’humanité, son petit garçon lunaire, son frère ancien toxicomane et son mari philosophe converti à la programmation de jeux vidéos. Quadragénaire sensible et drôle, Lizzie laisse ses pensées voguer des uns aux autres, coincée entre fin du monde et sortie d’école.

Incontournable de la littérature américaine contemporaine, Atmosphère est une chronique fantasque de nos vies urbaines. Avec ce nouveau roman, Jenny Offill, maîtresse dans l’art de déceler l’absurde dans nos existences, saisit l’air du temps comme personne et interroge avec humour le sens des vies que nous menons.

Première sélection du Grand Prix de Littérature américaineNew York Times Bestseller Finaliste du Woman Price For Fiction

  • Jenny Offill est née en 1968 et a passé sa vie aux quatre coins des États-Unis. Après ses études, elle exerce une foule de petits boulots (serveuse, caissière, secrétaire médicale, etc.) avant de publier son premier livre en 2000. Elle est aujourd’hui l’autrice de trois romans salués par la critique et distingués par diverses reconnaissances littéraires et de plusieurs ouvrages pour la jeunesse. Jenny Offill est également professeure de littérature et éditrice free-lance.
  • Revue de presse
    L’auteur a tant de grâce qu’on en redemande encore et encore !
    Un roman très étonnant. C’est assez fascinant de voir comment l’intime et sa galerie de personnages s’articulent avec le fracas du monde.
    Pour écrire le tiraillement entre les petits tracas de nos vies modernes et l’attention intermittente portée à la catastrophe qui menace l’humanité, Jenny Offill a trouvé la forme parfaite.
    En ouvrant ce livre, c’est dans la vie de tous les jours qu’on s’immerge. Ca vous rebute ? Erreur : c’est fascinant.
    Qu’on ne s’y trompe pas : ce récit qui se construit en patchwork n’est en rien expérimental, il se lit comme un roman dont la forme implosée est la seule mesure possible de nos modernités qui ont « un goût de fin du monde ».
    Passionnant, hilarant, terrifiant.
    Il fallait un monstre littéraire pour écrire l’un des rares romans qui réussisse à saisir pleinement notre époque.
    Atmosphère accomplit un exploit : dresser le portrait étrangement réaliste de nos vies contemporaines !
    Une nouvelle forme romanesque est née.
    Ce texte n’est pas dénué de poésie : phrases brèves et parfois percutantes, courts paragraphes qui nous emportent en quelques lignes entre un quotidien banal et un univers déjanté.
    Lizzie, c’est nous tous, hommes et femmes de notre temps, pétris de peur, bien sûr, mais aussi capables de continuer à regarder l’avenir avec espoir.
    Dans ces pages résonne la tragi-comédie de notre drôle d’époque. Animaux domestiques, santé, chauffeurs privés, addictions, vitesse, maternité, méditation, matérialisme, développement personnel, mode, immaturité, diversité -selon des gens non-divers-, tyrannie des enfants, religion, techno-optimisme, privilèges, course à pied, végétarisme, fascisme, psychologie des catastrophes, consumérisme, robotique, télé-réalité, psychiatrie…
    La preuve que l’on peut parler de l’apocalypse avec autant d’esprit que de légèreté.
    Avec ce flot de pensées fragmentaires et sautillantes qui amusent et dérangent, Jenny Offill décrit d’un ton faussement léger une société obsessionnelle qui combat la confusion et les peurs en imposant toujours plus de règles et de directives.
  • Jenny Offill traduit en peu de mots la variation infinie de chaque être humain. Très réussi !
    Engagé, inspirant, donnant à réfléchir avec une finesse constante. Plein d’humour. Excellent !!!
    C’est frais, c’est coquet ; c’est culotté ! Ça fait comme des bulles d’un champagne un peu éventé, ça pop ça fizz et ça explose dans un fracas de fin du monde. À ne louper sous aucun prétexte !
    Pas une quête de sens mais une balade de sens. Prendre ce qui vient de partout et le faire sien.
    Extra ! Étonnant ! Original !
    La vie, la nature, l’humour… il y a tout dans ce roman !
    Jenny Offill parvient brillamment à raconter les petits riens et les atermoiements d’une vie ordinaire pris dans l’étau du monde actuel, et à nous faire rire avec une facilité déconcertante.
    Vif, sensible et follement drôle: Atmosphère de Jenny Offill pétille de malice et attrape dans ses filets les bruits, les peurs, les obsessions de notre époque.
    Alternant galerie de personnages azimutés - voire déphasés - et les légères - voire grandes - angoisses sous-jacentes de l’héroïne, Jenny Offill nous amène à réfléchir au sens des choses avec un incroyable humour pince sans rire, doux-amer, une ironie qui parfois percute de plein fouet.
  • Dans la matinée, la femme qui a presque atteint l’illumination arrive. Il y a des étapes, et elle pense en être à l’avant-dernière. Celle-ci ne peut se décrire que par un terme japonais. Qui signifie « Seau de peinture noire ».

    Je passe un petit moment à chercher des ouvrages pour le vacataire maudit. Il rédige sa thèse depuis onze ans. Je lui offre des rames de papier. Des trombones et des stylos. Il travaille sur un philosophe dont je n’ai jamais entendu parler. Il me dit qu’il est mineur mais essentiel. Mineur mais essentiel !

    Hier soir, son épouse a mis un mot sur le frigo. Ce que tu fais actuellement rapporte-t-il de l’argent ?

    L’homme en costume minable refuse qu’on diminue ses amendes. Il est heureux de contribuer à notre institution. La blonde aux ongles rongés jusqu’au sang fait un saut après le déjeuner et repart avec un sac à main plein de papier hygiénique.

    Je dois supporter une théorie sur la vaccination et une autre sur le capitalisme tardif. « Vous rêvez parfois d’avoir à nouveau trente ans ? » me demande l’ingénieur au cœur solitaire. « Non, jamais », je réponds. Je lui raconte cette vieille blague sur les voyages dans le temps.

    Ici on ne sert pas les voyageurs dans le temps.
    Un voyageur dans le temps entre dans un bar.

    En rentrant chez moi, je passe devant la dame qui vend des petits moulins à vent. Parfois, quand les étudiants sont vraiment défoncés, ils lui en achètent. « Pas de client aujourd’hui », elle dit. J’en prends un pour Eli. Un bleu et blanc qui devient tout bleu et tout flou en tournant dans le vent. Ne pas oublier les pièces de vingt-cinq cents, je me rappelle.

    À l’épicerie, Mohan m’en donne un rouleau. Je m’extasie devant son nouveau chat, il me dit qu’il est arrivé comme ça. Mais qu’il va le garder parce que sa femme ne l’aime plus.

    « C’est dommage que tu ne sois pas une vraie psy, me
    dit mon mari. On serait riches. »

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