L’Octopus et moi

Erin Hortle
traduit par Valentine Leÿs
Erin Hortle, L’Octopus et moi

C’est l’histoire d’une pieuvre qui cherche à rejoindre l’Océan pacifique pour y pondre ses œufs. Mais pour y parvenir, elle doit traverser un bras de terre, quitter son élément, croiser une route. C’est l’histoire d’une femme qui a vécu de terribles épreuves et ne sait plus très bien qui elle est ni ce qui a de l’importance à ses yeux. Une nuit, leurs chemins se croisent et pour la femme, tout bascule. Au cœur des paysages rudes et magiques de Tasmanie, s’écrit alors une histoire de reconquête et de rencontres, de choix et d’idéaux.

Avec ce premier roman, Erin Hortle nous parle des échos de la vie sauvage sur notre vie humaine, dessinant avec énergie et malice le destin d’une femme qui trouve en regardant l’océan la réponse à ses questions et le chemin d’une vie nouvelle.

  • Erin Hortle vit sur la péninsule de Koonya en Tasmanie. Passionnée par l’océan et la question écologique, quand elle n’est pas dans ou sur l’eau, elle enseigne la littérature à l’Université. C’est l’observation d’un étrange phénomène de migration des pieuvres qui a servi de point de départ à son premier roman L’Octopus et moi, prétexte à une réflexion sur la manière dont s’enchevêtrent parfois les vies des hommes et celles des animaux.
  • Revue de presse
    Ce roman frappe par sa richesse remuante et scintillante.
    Le premier roman d’Erin Hortle entrelace les destinées opposées de deux figures féminines, l’une humaine, l’autre animale et confronte l’écologie aux épreuves et aux forces de la vie.
    Roman d’une fascination mutuelle entre une femme et un animal, L’Octopus et moi inaugure avec brio Dalva, nouvelle maison d’édition spécialisée dans les voix de femmes et ouverte au vent du large.
    Un texte immersif dans lequel plus on plonge, plus on est surpris par l’étrangeté et la beauté, des paysages, des personnages, du livre lui-même.
    Une entrée en littérature unique et inclassable.
  • Un roman singulier sur la féminité et la nature.
    Les Éditions Dalva nous emmènent en Tasmanie pour son premier roman publié : cadeau d’ un séjour de plusieurs jours tant ce roman nous oblige à une lecture posée, sensible, intelligente et originale. J’ai été cette femme qui nage dans l’océan, qui frôle de drôles de tentacules, qui par deux fois doit revoir son rapport au corps, et de ce fait son rapport à l’autre. Époustouflant de maîtrise, d’originalité, d’intelligence. Avec une langue qui colle au corps, à tous les corps.
    C’est une pieuvre qui ouvre le roman par un épisode marquant. Puis le lecteur est embarqué en Tasmanie avec Lucy, qui se remet de traumatismes et se reconstruit, dans tous les sens du terme. J’espère que comme moi vous serez conquis par ce roman ou la nature, l’animal et l’humain sont liés pour le meilleur et pour le pire.
    Une nouvelle maison d’édition qui frappe FORT ! Un roman EXCEPTIONNEL !!
    Un roman qui se lit tout seul et qu’on aimerait ne jamais terminer... Écologique et féministe, c’est un grand oui !
    La mer, les vagues, le vent et les animaux... Un roman sur la relation entre l’homme et la nature avec une écriture qui fait appel à tous nos sens.
    Une merveille !
    C’est un roman étrange et doux, à l’écriture très fine qui pose un questionnement sur la condition féminine, le rapport au corps mais aussi sur le fragile équilibre entre la nature, la vie animale et la vie humaine.
    Un roman dense et mouvant à l’image de la mer de Tasmanie.
    Une perle.
    C’est troublant, c’est touchant. C’est à lire absolument.
    Une langue sensible et surprenante.
    L’Octopus et moi, c’est l’histoire de plusieurs combats, c’est l’histoire de plusieurs victoires.
    Bouleversant et vivifiant.
    Une belle histoire de renaissance.
    Un premier roman très prenant où cette jeune autrice australienne met en regard les passions humaines et les lois du monde sauvage.
    Émouvant, étonnant, éblouissant.
  • Mon corps déborde il palpite il ronronne il est prêt. Le monde se meut si lentement au gré de la marée qui déferle et inspire et expire. Avant cela me suffisait mais maintenant mon corps est plein et je sens trop de choses je touche-vois goûte la crasse poissonneuse qui poisse ma peau. Je sens qu’ici ce n’est pas assez propre pour mes œufs ce terrier si étroit tapissé de carapaces de crabes pas assez grand pour mes œufs. Le monde soupire souplement mais je veux qu’il bondisse et balance je veux les courants qui cavalent qui avalent qui dévalent.

    Je sens le rugissement plein de promesses qui palpite qui ronronne qui gronde. Je quitte mon terrier le corps plein à ras bord et j’ondule je spirale je capture un crabe trébuchant que je croque dans mon bec puis je me propulse en arrière en avant.

    Je sens la surface qui approche et avec ma peau je sens-vois le clair de lune pris dans les tourbillons qui tournoient qui bouillonnent tout autour de mes tentacules enroulés déroulés et le clair de lune m’enveloppe il caresse mes tentacules qui effleurent le fond de varech le rivage de varech. Je capture un crabe trébuchant que je croque dans mon bec et j’ondule je danse je vire je me propulse jusqu’à l’autre bout du lit d’algues ondulantes attirée par le tonnerre le grondement qui m’appelle.

    La surface s’enfonce alors que je remonte et je capture un crabe trébuchant que je croque dans mon bec puis la surface se déprend de mon corps en gouttes en coulures et le clair de lune onctueux se pose sur moi tandis que tout autour l’air bâille et murmure. Je deviens lourde je deviens plate je deviens fixe je suis écrasée au sol et je ne peux plus me propulser ni tournoyer je ne peux que ramper. Mais là-bas derrière ce bout de terre l’océan martèle le rivage il mugit il m’appelle il m’attire.

    Le sable encrasse mes ventouses il assèche ma glaire et des brins d’herbe me piquent m’entaillent alors que je me hisse me traîne me roule et mes tentacules sous moi ne peuvent pas tournoyer ni danser ni chasser ne peuvent pas capturer les crabes qui trébuchent. Je dois utiliser tous mes tentacules je dois faire attention et ce n’est pas bien parce que je suis trop lourde mais je suis prête et je sens que derrière ce bout de terre ça gronde ça tonne ça cogne et ce n’est pas loin alors je vais de l’avant.

    Qu’est-ce que c’est ? Un rayon si fort trop fort éblouit ma peau et je vois-sens une lumière froide trop violente je ne vois pas la terre devant moi mais je la touche-goûte je me traîne aveuglément de l’avant je me hâte vers le grondement le tonnerre le bouillonnement qui m’appelle.

    La lumière me balaie puis repasse sur moi et je vois d’étranges formes obscures dans le clair de lune qui se déplacent autour de moi qui avancent avec moi.

    Le rugissement gronde dans la terre je le sens qui vibre tout contre moi qui vibre en moi. Le sable devient dur et râpeux comme des patelles sur un rocher mais le goût n’est pas le même c’est un goût mauvais de goudron d’essence de…

    Qu’est-ce que c’est ?

    Quelque chose m’attrape puis saisit un de mes tentacules et le tire doucement. Je la touche-vois-goûte elle est femelle comme moi j’enroule mon tentacule autour de son bras et sa peau est chaude différente de la mienne. Je sens à son goût qu’elle est curieuse effrayée triste énervée sa peau me le dit même si sa peau est stupide elle me le dit. Je la caresse et sa peau accueille ma caresse et je sens ses pores qui s’ouvrent pour me recevoir j’ondule contre elle pour laver la poussière sur sa peau la poussière de sa peau je la goûte-vois-touche elle est inquiète énervée et…

    Qu’est-ce que c’est ?

    Je vois-sens une lumière froide trop forte et nous sommes percutées je vois-goûte-touche du métal et de l’essence et nous sommes dans l’air l’espace d’un instant je ne suis plus lourde plate fixe écrasée au sol l’espace d’un instant mes tentacules peuvent tournoyer danser dans l’air et je goûte sur sa peau un éclair de choc et de peur je ne la lâche pas je suis avec elle.

    Le sol arrive à nous et j’essaie de ne pas la lâcher je m’accroche à elle je la vois-goûte-touche et mon tentacule ne la lâche pas alors il s’arrache de moi il est douleur il n’est plus là. Je roule je glisse sur une vague d’air qui s’écrase en bouillonnant sur le sol je suis portée par un courant je roule encore je ne peux pas m’arrêter je cogne le sol ça écorche ça saigne ça fait mal ça pique.

    Je suis immobile.

    Je la vois bouger puis elle s’immobilise et je vois autour d’elle les ombres de ceux qui sont comme elle.

    Je vais de l’avant. Je me traîne sur le sol dur et râpeux au goût de goudron de pétrole j’atteins le sable et la douleur encrasse ma peau ça pique ça lance à l’endroit où mon tentacule n’est plus. Plus loin au-delà de la terre l’océan gronde il appelle il tonne il m’attire je le sens je le sens je vais de l’avant et le sable est sous mes ventouses la douleur ça lance ça mord et tout près l’océan mugit tourbillonne et je vais de l’avant.

    Dans le déferlement des vagues qui inspirent qui expirent la surface s’élève et s’abaisse contre moi l’eau bouillonne écume dans l’air et je suis submergée c’est bien.

    Je laisse mon corps flotter d’avant en arrière et d’arrière en avant et d’arrière en arrière dans les courants les vagues qui bouillonnent tourbillonnent tout autour de moi et mes tentacules bouclent tournoient s’enroulent dans l’eau qui pétille contre moi et je suis légère je dérive je me laisse guider jusqu’à l’endroit où l’eau est pleine et languide où les courants ondulent en longues arches océanes. Je touche-goûte-vois l’eau si propre si claire si pleine si prête si parfaite pour mes œufs et l’eau s’enroule autour de moi et caresse ma douleur et mon corps est plein il est prêt.

  • Extrait de L’Octopus et moi

  • Erin Hortle au Tamar Valley Writers Festival

    Erin Hortle présente L’Octopus et moi au Tamar Valley Writers Festival. Vidéo non sous-titrée.